Interview de la revue « Terre et Nature » avec Mathias Stalder, secrétaire syndical d’Uniterre et coordonnateur du référendum «Stop huile de palme». Propos recueillis par Claire Muller.

Le syndicat Uniterre prend la tête d’une campagne référendaire contre l’accord de libre- échange avec l’Indonésie et les importations d’huile de palme.

Terre et Nature : En quoi cet accord pose-t-il problème?

D’abord parce que la volonté du Conseil fédéral de conclure des accords de libre- échange avec les États-Unis, le Mercosur, la Malaisie et l’Indonésie signifie tout simple- ment la fin de notre agriculture à moyen terme. L’accord avec l’Indonésie aura ainsi pour conséquence des importations massives d’huile de palme, produit bon marché et extrêmement nocif pour l’environnement, qui est une concurrence déloyale pour les graisses produites en Suisse, animales et végétales, de haute qualité. Il est donc urgent de prendre des mesures réglementaires strictes sur les importations afin de préserver ce qui nous est cher: une agriculture indigène, diversifiée et durable.

Cet accord comporte pourtant un chapitre entier consacré au développement durable. Ces garde-fous sont donc insuffisants à vos yeux?

La Genevoise Lisa Mazzone, élue verte au Conseil des États, le dit clairement et je la cite: «S’il semble bon, ce chapitre dévolu au développement durable ne contient aucune garantie. Il n’y a pas de contrôle ni de sanctions à l’égard des producteurs d’huile de palme… Les droits de l’homme, du climat et de l’environnement sont violés à grande échelle en Indonésie.» En clair, ce chapitre n’est en rien contraignant et n’imposera le respect d’aucune norme sociale ni écologique. C’est uniquement du greenwashing ! En effet, il ne peut pas y avoir de production durable d’huile de palme. C’est une culture qui se pratique sur des sols tourbeux ou dans des zones qui ont été défrichées par le feu. Cela a fait de l’Indonésie le troisième plus grand émetteur de CO2. Un peu moins de 10% de la superficie de ce pays est constituée de plantations de palmiers à huile, dont 81% violent les exigences de durabilité établies par le Gouvernement indonésien. Les conditions de travail y sont déplorables: on expulse les petits producteurs. En consé- quence, invoquer la durabilité de notre accord de libre-échange avec l’Indonésie est tout simplement une imposture.

Quel regard portez-vous sur le «changement de camp» soudain de la frange agri- cole du Parlement, qui s’est ralliée à cet accord, après s’être mobilisée de façon massive ces dernières années contre lui?

Ce genre d’attitude et de stratégie a beau être effectivement surprenant, elle fait mal- heureusement partie de l’ADN de l’Union suisse des paysans et de ses amis au Parle- ment. Nous ne devons donc pas nous faire d’illusion sur leurs intentions, que ce soit sur le thème des accords de libre-échange, ou dans la discussion sur les prix équitables aux producteurs…