Willy Cretegny, vigneron et initiateur du référendum «Stop huile de palme».
Réponse à la prise de position de Monsieur Pierre Bessard, directeur de l’Institut Libéral dans le Temps du 25 février 2020.

On protège ce à quoi on tient, ce qui nous est le plus cher. On protège la nature, les enfants, les animaux, sa vie privée. Le protectionnisme est la politique qui consiste à prendre des mesures ayant pour but de protéger l’économie locale, sa production agricole mais aussi artisanale et industrielle.
En protégeant l’économie locale, on protège également l’emploi, le niveau des salaires. Les mesures d’accompagnement reconnues par l’ensemble de la classe politique ne sont rien d’autre que des mesures protectionnistes. Personne ne remet en question l’importance de lutter contre la concurrence déloyale que constitue le travail au noir.
Monsieur Bessard, votre Institut libéral ne défend par l’ouverture. Les marchés ont toujours été ouverts. Ce que vous défendez, c’est la suppression de toute mesures de protection dans les échanges commerciaux. Vous ne cessez de demander la mise à l’écart des normes nationales en matière environnementale et sociale. Ces dernières ne sont que l’expression de la volonté de chaque population de protéger sa vision environnementale et sociale.
A ce propos votre Institut libéral et ses disciples ont réussi à obtenir que la loi sur les normes porte le nom suivant : Loi sur les entraves au commerce. C’est comme si on nommait la loi sur la circulation routière, la loi sur les entraves à la circulation parce qu’on a réussi à peindre des passages piétons et mettre des stops.
Monsieur Bessard, ce que vous ne dites pas dans votre article, c’est que votre politique de libre-échange a engendré une économie nomade qui se déplace selon le plus bas coût, et la protection de l’environnement la plus faible, voire inexistante.
Cette économie du bas prix nourrit la politique de la croissance. Croissance des déchets, des rejets de CO2, du gaspillage, du jetable. A cause de cette politique, nous avons abandonné le principe de précaution, abandonné la gestion des ressources, abandonné la réparation, abandonné les pratiques économiques et cohérentes de nos ancêtres. Dans le domaine agricole, nous avions des contingents de volume garantissant l’écoulement de la production locale avant d’importer, c’est cette gestion des ressources qui est totalement absente de la politique que vous défendez.
L’huile de palme n’est qu’un produit symbolique de cette politique désastreuse pour le climat et l’environnement sociétal. Quelle bêtise que d’importer de l’huile de palme alors que nous avons à proximité toutes les huiles et graisses dont nous avons besoin. Quelle bêtise que d’importer des oignons et de l’ail de Chine, quelle bêtise que d’importer des machines depuis l’autre bout de la planète à des prix hors concurrence et que nous allons jeter à la première panne.
Comment pouvez-vous accuser les paysans suisses de se reposer sur un oreiller de paresse alors que ceux-ci ne demandent qu’à pouvoir vivre dignement du produit de leur labeur. Les importateurs eux amassent des sommes colossales par le simple jeu du déplacement de biens à des prix dérisoires, en provenance de pays en développement, pour les vendre sur le marché suisse. Que penser des marges que les importateurs se mettent dans la poche en produisant au prix le plus bas.
Monsieur Bessard, le protectionnisme n’est pas une politique de fermeture des frontières. Le protectionnisme garantit des échanges respectant les normes de chaque pays et leur coût. Avec le protectionnisme, fini les transports sur des milliers de kilomètre. Le protectionnisme protège l’emploi, la diversité économique, l’environnement, le savoir-faire, etc.
C’est une économie cohérente, respectueuse et au service des populations que défend le comité du référendum « Stop huile de palme ».